This is the Police : L’expérience de jeu dérangeante (pour moi)



  • This is the police est un jeu dont je ne savais pratiquement rien. Je l’ai vu passer sur le net au travers d’un vidéo youtube, et les bout de gameplay que je saisissais en passant d’un moment à l’autre de la vidéo me plaisaient. Donc n’ayant aucun jeu en backlog de ma librairie steam je l’ai acheté et lancé dans la foulée ce weekend.
    Je vais conter cette histoire en deux parts. D’abord m’intéresser au jeu purement gameplay, j’aborderai ensuite une problématique rencontrée sur ce jeu, problème qui me pousse à écrire un petit wall of text, ce qui est assez rare chez moi.

    Le jeu mêle les genres de RPG, gestion et un peu de simulation. Vous incarnez le chef de la police d’une ville de taille respectable. Âgé de 60 ans, il est poussé à la parte (plus ou moins) gentiment par le maire de la ville et n’a plus que quelques mois pour mettre ses affaires en ordre et se constituer un petit pactole de départ, pour compléter sa retraite, et ne pas le déclarer au fisc.

    Dans la vie de tous les jours on se retrouve à devoir jongler entre deux équipes –shifts- de policiers et détective, et on fera face de longue minute au plan général de la ville. À intervalles irréguliers, des alertes apparaîtront sur la carte, simulant une situation où la présence de policier(s) sera requise. Cela va du tapage nocturne à la bagarre générale en passant par les prises d’otages et les vols à mains armées. Chaque situation aura un nombre maximum de policiers que vous pourrez affecter, mais bien entendu, comme vous ne savez pas quand la prochaine intervention aura lieu, ni si des renforts seront nécessaires, ça peut vite devenir un petit casse-tête énervant et des cris en face du PC quand vous évaluez mal la situation. Rajoutez à cela des fausses alertes, le fait que vous deviez promouvoir et faire pex vos policier, leurs excuses débiles pour ne pas venir bosser et des ressources spéciales encore plus limitées, vous avez une idée sommaire de l’aspect gestion de ce jeu.

    Ville en haut, effectifs de garde

    En plus de cela, votre personnage a également son histoire, quelques arcs narratifs qui se développent. Rien de bien exceptionnel de ce côté-là, cela reste du classique, mais je dois reconnaître que je suis surpris, je ne m’attendais pas à ce qu’ils en enchaînent plusieurs comme ils le font. Il y a le but ultime (préparer la retraite, si retraite il y aura bien à la fin du scénario …) mais en plus de cela des thèmes se développent et des histoires retiennent votre attention (j’en suis à ma 4° de suite là), d’une guerre de territoire entre mafieux où vous devez intervenir (ou pas) à la reconquête de votre femme partie avec un jeunot assureur de 30 ans (oui, 30 ans c’est jeune, taisez-vous).

    Je vous présente votre belle-maman

    Dernier point à mentionner (car cela pour moi de bons moments du jeu), de temps à autres il y aura des enquêtes. Les enquêtes ne peuvent être faites par les policiers, mais doivent être effectuées par des détectives. Le système est simple. Quelques indices sous formes de témoins qui donnent leur version des faits, et on se retrouve avec un tableau incomplet, le temps d’enquête (et le niveau de compétence des détectives) nous révèle de nouvelles diapositives du possible, et à nous de choisir les bonnes, et les remettre dans le bon ordre. Une fois l’énigme résolue, il suffira alors d’aller cueillir le/la/les coupable(s) en envoyant le détective en lead sur l’affaire, épaulé par les flics.

    Le colonel moutarde

    Le jeu n’est pas exceptionnel, loin s’en faut.
    Le voice-over est moyen (même pour un non anglophone tel que moi), la musique est très très sympa (et bien présentée). Certains mécanismes ne vont pas à mon sens assez loin (mais cela reste de l’indie), et quelques occasions sont ratées d’introduire des éléments perturbateurs, sortir un peu le joueur de sa routine qui peut s’établir (trop) vite. Les deux points noirs que je garde c’est au niveau du timestory qui est trop rallongé (pour éviter que le jeu ne passe trop vite), après 5 ou 6 heures de campagne, j’ai encore des options qui ne me sont pas dévoilées, je ne sais pas à ce stade si elles le seront jamais vis-à-vis de certains choix que j’ai pu effectuer pour le personnage principal. Le second point noir est l’UI. Très simpliste au début, on se retrouve parfois en manque d’information, ou avec l’information qui peut être trouvée, mais de manière tortueuse. Dans une situation particulière (guerre des gangs, épisode important de la main quest), je me suis retrouvé à râler plus d’une fois sur le fait qu’il me manquait carrément des informations importantes sur certains choix et actions que je me devais d’effectuer selon le but que je voulais atteindre. Spoiler alert, je n’ai pas pu atteindre mon but.

    Bref, le jeu est pas mal, une jolie petite distraction. Ça peut mieux faire, mais je reste encore content de mon achat. Ça, c’est uniquement niveau gameplay et storytelling. Maintenant le gros point noir.

    Il arrive parfois que des éléments particuliers arrivent au cours d’une campagne. Je dis bien au cours de la campagne, ce n’est pas le joueur qui le trigger, c’est juste que c’est le moment dans le jeu où cet événement doit apparaitre. Pour le moment, ces moments, j’en ai eu trois. À chaque fois cela a suivi un modus operandi identique, à savoir :
    Manifestation d’une faction, on doit gérer la manifestation
    Revendications d’une faction, on doit agir pour atteindre l’objectif court terme

    À la limite, ok, je comprends. Ce sont juste des mini-épisodes qui s’intercalent entre les grands plots de la campagne, mais le problème n’est pas (vraiment) le mécanisme. Le problème réside dans le choix des factions qui sont « présentées » (ouais, guillemets sur ce mot).

    • Faction 1 : Les « blacks » (je cite ici)
    • Faction 2 : Les « feminists » (encore un quote)
    • Faction 3 : Les « LGB » (dernière citation, lettre pour lettre, alors qu’en mon sens il en manque une …)

    Complot des femmes ? LA QUESTION MERITE D'ÊTRE POSEE

    Et le problème réside dans la présentation de ces factions, qui sont toujours mises en avant par un texte « Non mais FACTION sont pas contents, ils vont manifester près de l’hôtel de ville les cons » Ce qui a pour effet, pour votre personnage chef de la police, de devoir envoyer les flics pour éviter que ça ne dégénère. Et là, il y a comme un trigger manquant dans le jeu. On ne sait MÊME PAS si ça dégénère ou non, à un moment donné quand tu as 80% de tes flics pris pour gérer la manifestation, tu as une magnifique pop-up qui apparait en plein milieu de ton écran :

    Paix, joie et amour (ou pas)

    Waip. Supress. Juste comme ça. Pas d’explication, rien.
    La première fois j’ai dit « les mecs, vous êtes sérieux là ? » et j’ai suppress. J’ai été remercié par le maire de la ville. La deuxième fois, curieux, j’ai décidé de ne pas suppress, et là j’ai reçu un coup de fil du maire qui m’a bien fait comprendre que je faisais très mal mon boulot. Quand cela est arrivé sur la troisième faction, j’ai dit fuck off, j’ai ragequit, et j’ai fait quelques recherches sur le net pour voir si j’étais le seul à qui cela posait problème (mais j’y reviens après).
    Après avoir (ou non) suppress la manifestation sans raison apparente, souvent on a à gérer des mini-quêtes rapides, souvent en relation avec la faction qu’on gère, mais parfois avec des événements externes. Ces mini-quêtes sont, en gros, du remaniement de vos effectifs policiers. Ça passe facile, on peut virer les gens sans conditions vraiment, tout dépend juste de l’XP perdue en virant les anciens, et en récupérant des tous frais de l’académie de police. Mais le message est quand même bizarre : « Il faut paraitre gentil pour telle faction, alors arrange toi pour que la constitution de tes équipes de flics leur donne un os à ronger »

    Toujours être à l'écoute des habitants ?

    J’ai vraiment ragequit le jeu. Pas content. Ça m’a énervé sur le coup, et j’y ai réfléchi. Je me suis demandé si car c’était politiquement incorrect, mais sérieux, le politiquement correct, j’en ai un peu rien à foutre (la preuve, je jure sur un forum qui parle de JV, un vrai guedin). Vu le problème que ça me posait, je me suis dit que c’était typiquement le genre de sujet traité par une certaine type de prese, et je ne me suis pas raté, premier hit sur google : http://kotaku.com/this-is-not-the-police-game-the-world-needs-1784803851

    Maintenant ce qui est intéressant, c’est que le studio a déjà tenté d’adresser les retours à ce sujet via une lettre ouverte : http://weappy-studio.com/2016/07/22/open-letter/ et il vous faut lire le premier commentaire, qui défend le jeu (et le studio), mais avec certains arguments qui sont valides.

    J’y ai pas mal pensé (j’ai des hobby de fou) ces 2 derniers jours car ça continue de m’énerver, et je ne suis pas d’accord avec le studio. Tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Tu ne peux pas clamer à qui veut l’entendre que ton jeu n’est pas, ne sera jamais, politisé quand tu utilises, en sous-quête, des noms de faction tels que ceux-là.
    Tu as déjà la possibilité de rajouter du gameplay simple, ne pas simplement « suppress » des factions (quelles qu’elles soient), rajouter une intrigue où ça peut te mettre encore plus à dos le maire, mais au contraire te faire appuyer par diverses factions, etc … Je ne fais pas de gamedesign, mais les solutions me semblent quand même à portée de doigts (sur le clavier, les doigts).
    De plus, une défense que j’ai pu trouver est la timeframe du jeu. L’ambiance du jeu avec les décors, le matériel, la musique, laisse clairement penser aux US des années 60, et certains avancent que « mais oui mais c’était comme ça à l’époque, il faut prendre ça en compte. » Non, je ne suis pas d’accord. Tu peux garder l’ambiance que tu veux avec l’époque choisie, et simplement mettre que tes factions sont des Adorateurs de Cailloux, ou encore les Zootropes Qui Se Dandinent ou encore les éleveurs de salade sauvage (pas d’acronyme sur ce coup là, désolé).

    Le choix que tu as, en ton âme et conscience, effectué dans tes factions, dans le verbiage utilisé pour tes actions, dans les objectifs définis du jeu déterminent aussi bien l’ambiance que la musique, les graphismes et la quête principale.
    Je cherchais un jeu de « gestion » de police, avec une petite intrigue, quelques énigmes en plus et à la limite une jolie histoire à construire pour mon personnage principal moi. Prendre le rôle d’un vieil abruti républicain chef de la police raciste dans une ville réac, je suis assez certain que j’aurai passé mon tour.

    J’espère sincèrement que ce jeu n’est pas une simple vitrine des opinions et prises de position des devs. D’une expérience qui me change, je me retrouve énervé depuis deux jours. Je veux continuer le jeu pour voir où l’histoire veut me conduire (et si j’ai des options de choix final …) mais j’ai peur de me retrouver face à une nouvelle « faction » et de coller mon clavier à travers de l’écran pendant que je joue.



  • Super intéressant et agréable a lire ton expérience.
    J'étais pas mal curieux en voyant ce jeu aussi.
    Je suis peut être naif mais, d'après ce que je vois sur tes captures (celle sur la manif de féministes entre-autres)
    J'ai pas trop de doutes concernant le message des développeurs.
    Il y a beaucoup d'humour noir et de cynisme dans les textes, sans doute mal formulés (ils sont bielo-russes)
    NTsn_LZ7.jpg

    Maintenant si tu veux tenter un jeu politiquement "différent" Il y a Liberal Crime Squad http://www.bay12games.com/lcs/



  • C'est marrant car si je ne m'abuse, ce Public Indecency arrive assez tard dans le jeu. Pour tout dire je pense l'avoir eu moins d'une heure avant de découvrir l'article de Kotaku. C'est un moment où j'ai explosé de rire, où j'ai vraiment voulu choisir "Join the Guy" pour le fun, mais que mon esprit psychorigide m'a sauté dessus "MAIS NON, ET TA CAMPAGNE ENC OURS, TU VAS TOUT NIQUER."

    Je pense (sincèrement) que c'est plus un problème de language qu'autre chose. Mais je pense qu'ils ont manqué de clairvoyance sans imaginer que ça aurait pu poser problème, où qu'il aurait fallu un double check d'un natif ou simplement quelqu'un en dehors de leur cercle de connaissance ? Le problème, le fait que ça m'ait énervé, c'est que je me suis retrouvé d'un stade de rire jaune à un stade de ragequit car ça m'est revenu plusieurs fois sur la tête. Quand j'ai vu la troisième "faction" arriver, j'ai fait "Non les mecs ... Pas encore."

    Je vais y retourner. je suis curieux, je veux aller voir où l'histoire veut m'emmener, mais ces trois factions, et la façon dont le jeu me force la main à les gérer me ruine mon expérience de jeu. Ce n'est pas le jeu de l'année, mais ... ça n'arrange pas le truc.



  • Le propos n'est-il pas de dénoncer les états policiers ou la manière dont l'électoralisme peut faire oublier leurs valeurs aux politiciens ? Dans ce cas, le jeu est clairement une critique dans lequel tu joues le mec qui obéit parce qu'il fait passer son confort avant ses valeurs.

    Je n'y jouerai pas parce que j'ai 1 000 jeux à faire mais j'ai enrichi ma culture grâce à ton post.



  • Je n'ai pu déceler aucune mécanique ou aucune histoire qui me permette de dire que leur but est dénoncer quoi que ce soit (situation actuelle et/ou passée) malheureusement.
    Je peux jouer une grosse pute, je peux jouer un gros con qui tape les gens sans raison ni rien, et j'aime en général le faire, mais là j'ai ressenti que c'était déjà décidé pour moi, que rien ne changera quel que soit mon choix effectué.



  • D'après ce que tu indiques @Lamdba, le jeu me parait être une vision de la police de la Russie (fortement possible si c'est développé par des Biélorusse) ou de la Chine, voir peut être des Etats-Unis.

    Le but est sans doute de justement de choquer le joueur afin qu'il réfléchisse à ce qu'il est en train de faire et ainsi le dénoncer.
    ça semble fonctionner sur toi en tout cas :D



  • Le problème @Funfschilling c'est que ces trois factions comme je les nomme sont le seul point du jeu où une quelconque dénonciation pourrait prendre place. Le reste du jeu est « normal » avec de la gestion, du storytelling, et diverses autres mécaniques, mais seuls ces trois événements distincts me posent problème. Mieux encore, si ils avaient voulu le dénoncer, cela aurait été un minimum annoncé, délimité, préparé, et cela aurait surement reçu un gameplay beaucoup plus poussé que ce supress qui me rend fou.

    J’en reviens à mon hypothèse de départ, une mauvaise localization a engendré une erreur/horreur au sein du jeu, sur un chapitre du jeu bâclé par les développeurs.



  • Merci pour cet excellent post, d'autant plus intéressant que ce jeu m'a été proposé par Steam pas plus tard qu'il y a deux jours. Et j'hésitais. Je sais maintenant que je ne l'achèterai pas et, cadeau bonux, que j'inciterai mes potes joueurs à ne pas le faire non plus. N'ayant donc pas joué au jeu, je vois peut-être dans ta seconde partie de post des choses qui n'y sont pas, mais j'ai eu, tout au long de ma lecture, des relents de Gamergate... Cette désagréable impression que, sous couvert d'humour (pas drôle) et de "politiquement incorrect", les devs passaient des messages (ou du moins, ne filtraient plus leurs convictions). Parce que ne nous leurrons pas : ces factions dont tu parles ne sont pas, ne peuvent pas être innocemment choisies. Il ne s'agit pas de trois catégories perdues au milieu des banquiers, des sportifs, des gamers, des mères de familles ou des caissiers...

    Bref, plus je relis les textes des screens, plus je sens la colère monter, donc, pour le bien-être de mes artères, je vais en rester là :-)



  • Un pote était à la Gamescom en presse, a vu que les devs du jeu étaient de passage. Donc il m'a ping. Car il avait un slot de libre, et eux avaient l'air dispo. Réponse : "Dev plutôt sympa, mêmes réponses que leurs récents posts à ce sujet : ça s'incorpore dans les mœurs de ces temps très reculés."



  • Je sais pas, il y a surement beaucoup de 2nd degrés aussi. Et puis, dans la réalité, le regard que peut porter la police sur des factions anti racistes ou féministes, c'est rarement un regard objectif qui essaye de bien comprendre le malaise. Non, c'est plutôt un regard purement autoritaire visant à présenter les manifestants comme des fauteurs de troubles, rien de plus. Je le sais bien, j'ai été gendarme. Donc de ce coté, le jeu tente de reproduire la réalité, en présentant le regard qu'a la police sur les diverses manifestations.

    Après s'il y a un réel propos des dév, et que celui-ci provoque ton indignation, bah c'est plutôt cool. C'est chiant d'être confronté à des gens d'accord avec toi, par contre, c'est bien plus enrichissant d'être face à des gens qui pensent différemment. Tu as le droit de t'indigner, mais les devs ont eux aussi le droit d'exprimer leur convictions, si peu reluisante soit elle.



  • Voilà voilà



  • Ouais, là, difficile de nier qu'il y a un parti-pris plus que moisi et nauséabond dans les propos...



  • Un serial killer sévit dans ma ville, conférence de presse et j'ai trois choix :

    • pas de soucis, paniquez pas
    • personne ne sort, c'est la merde
    • restez prudents, ça pourrait être dangereux

    J'ai choisi le "restez prudents", le screenshot est la ligne que mon perso a sorti à la presse.



  • Le serial killer est authentifié comme attaquant seulement des jeunes femmes attirantes ? (oui j'essaie de lui trouver des excuses)


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