PNL, en fait, c'est pas si mal



  • Hello,

    C’est mon premier message sur ce forum et j’en profite pour féliciter l’équipe de ZQSD. J’écoute depuis le deuxième numéro. C’est hyper bien. Vraiment bravo.

    Alors, j’ai pas trop le reflexe forum mais là, j’ai pas pu m’empêcher.

    La brève évocation de PNL en fin de podcast m’a grandement contrariée. Et pourtant, je réagissais de la même façon à une époque. Je pense que c’est un avis partagé par beaucoup et j’aimerais essayer en toute modestie (c’est faux) d’expliquer pourquoi c’est plutôt pas mal.

    PNL est une démarche super intéressante à de nombreux niveaux : musical, sociétale, identitaire. Il y a en plus une vraie cohérence entre tous ces aspects ce qui, me semble, donne un élan à une œuvre au moins honnête, pourquoi pas juste excellente.

    Alors oui, musicalement, c’est pas évident à la première écoute. C’est assez nouveau, en tout cas dans cette récupération française d’une musicalité très américaine. Il y a tout un pan du rap américain auquel les français ne se sont jamais attaqués et le mélange étonne la première fois. On dirait que le texte ne colle pas, on a même du mal à percevoir une mélodie, un rythme clair. Je crois vraiment que cet effet n’est pas simple à dépasser, mais qu’il est en fait question d’habitude et d’éducation de notre propre oreille. Je sais pas si c’est une très bonne défense, je me suis moi même posé la question, à savoir si une œuvre que l’on n’apprécie pas lors de sa découverte, mais qu’on apprend à apprécier ensuite était une démarche viable. Et je trouve que oui, carrément, c’est même hyper cool de découvrir une musicalité, la subir puis l’aimer.
    Il y a une certaine unité musicale sur les 2 principaux albums, avec des variations notables de l’un à l’autre. Le son est plutôt sombre, électronique, mélodieux. Les intros de la plupart des chansons feraient de parfaites BO pour un Hotline Miami. Essayez, je suis peut être à côté de la plaque, vous serez ainsi plus à même de savoir ou pas si ça vaut bien la peine de lire la suite de cette curieuse tentative.
    C’est donc plutôt calme, un peu plus dynamique sur « Dans la légende », leur deuxième album (il y un EP avant mais je vais surtout m’attarder sur ces deux albums). C’est d’autant plus notable que ce dynamisme fait éco aux histoires bien différentes que raconte chaque album. Les paroles, c’est sans doute ça qui cristallise le plus de critiques.
    Je sais pas trop comment on est sensé parler d’une musique, mais je vois plusieurs points notables, que quelqu’un saurait sûrement mieux lier que moi :
    D’abord, ce qu’ils racontent : « Le monde Chico » (premier album) évoque l’histoire d’Ademo et NOS, deux frères qui grandissent dans le 91. Ils y racontent leur quotidien, leur état d’esprit et leurs aspirations. C’est un témoignage hyper intéressant et révélateur je pense d’une partie de la population qui n’a pas souvent l’occasion de s’exprimer. On voit la détresse, la haine d’un système qui les méprise mais surtout d’eux-mêmes. Dans « Portes de Mesrine », Adémo raconte sa journée et surtout sa nuit à attendre les clients à qui il vend de la drogue (houuuu). « Et pourquoi m’en faire ? Tellement, plus bas qu’terre, qu’j’vois les pieds d’Lucifer ». Les textes de PNL reposent beaucoup sur deux choses que je trouve super cool : il y a énormément de métaphores, et souvent excellente, mais aussi un phrasé hyper particulier, des tournures marquantes, des phrases qui n’en sont pas, qu’on pourrait prendre pour une discussion, mais qui écrites ici, donnent quelque chose de super puissant (je trouve) . « La nuit porte conseil ? Ah nan, pas du tout, la nuit : nique sa mère ». Un rythme haché, l’équilibre entre le début et la fin, cette phrase banale au milieu mais pourtant parfaite. C’est des mathématiques, c’est de la poésie (drop the mic).

    Cette utilisation un peu yolo de la langue française marche d’autant mieux qu’elle n’est pas gratuite : si elle reproduit un phrasé caractéristique d’un milieu social, elle obéit surtout et avant tout à la musicalité. Ca sonnerait mieux d’avoir 8 syllabes mais on en a que 4 ? On a qu’à juste répéter la première. Un peu comme si toutes les conventions qui nous expliquent que ça doit être bien écrit pour être beau, avaient disparues. Ca participe à un flow très caractéristique, marqué par des passages musicalement plus forts que d’autres, souvent au travers de nettes coupures, avec des changements soudains dans le rythme des textes.
    Sans comparer l’incomparable, Kanye West a adopté une démarche similaire sur son dernier album, avec des variations de musicalité pour le coup encore plus prononcées, mais beaucoup moins récurrentes. Et la réussite des deux cas reposent sur un procédé assez similaire. Ici, les ruptures se font uniquement sur les paroles des deux rappeur, la musique sert de liant, mais plus généralement, l’œuvre en général fonctionne par rappel : il y a des thématiques fortes qui traversent chaque album et des termes associés qu’on retrouve tout le long des l’album. Des mots qui, pour la plus part, m’étaient même inconnus avant d’écouter PNL. QLF (Que la famille), DA, VR (le verlan de Hervé, un client récurrent des deux dealers dans leurs textes). On entend même parfois de court passage d’une chanson dans une autre. D’un album à l’autre. PNL créé un univers de langage avec son vocabulaire et ses formulations nouvelles, marquantes, répétées comme les noms des personnages principaux d’une histoire.

    Et donc oui, c’est pas évident à écouter au début. Je le disais, c’est très perturbant musicalement car assez nouveau et la musicalité est difficile à capter à la toute première écoute. Mais je crois aussi qu’il y a pour beaucoup un rejet presque épidermique vis à vis précisément des particularités que j’expliquais plus haut. Cette manière de s’exprimer, elle correspond à un phrasé sociologiquement marqué et très identifiable à la jeunesse des cités (dans l’imaginaire collectif j’entends). C’est une façon de parler dont on a pas l’habitude, que l’on n’utilise pas (en présupposant un certain type d’auditeurs socialement et dont je fais parti), en tout cas en chanson, mais qui porte aussi une vision négative aux yeux de certains. C’est le mode d’expression d’une population qui si elle est très exposée n’a pourtant que très peu droit de parole. La principale exposition qui leur est réservée, c’est au travers de la mise en avant grotesques de personnes comme Nabila – qu’ils citent d’ailleurs dans « Le Monde ou Rien » - et qui permettent à tout un chacun de se sentir supérieurs à d’autres. Je crois qu’il y a un truc de classes là dedans, mais là j’ai peur de me mettre à dos des gens et de trop faire mon gaucho.

    Tout ça pour dire qu’il s’agit d’aprioris qu’il serait très bon de dépasser. Il y a vraiment ici un nouveau langage, avec ses codes, ses mots, ses constructions – qui témoignent tous d’une situation de vie, d’un environnement particulier et qu’on peut ici enfin écouter.

    L’utilisation que fait PNL de ce langage, le leur, n’a je trouve rien à ce que peuvent faire d’excellent parolier dans un autre langage, le leur aussi. Dépasser tout ces freins en vaut vraiment la peine : la musicalité est omniprésente, il y a des passages absolument brillants, des métaphores parfaitement connes, mais dans le plus beau sens du termes.

    L’utilisation de répétitions, la brutalité des variations dans le chant et la simplicité formelle de leur musique sont autant de particularités qui font qui plus est écho à l’histoire même que PNL raconte. Leur quotidien dur, déshumanisant, répétitif mais aussi leurs aspirations. On en remarque deux en particulier qui imprègnent les deux albums : l’argent et la famille. La quasi totalité des titres sont des variations autour de ces deux thème. Ca paraît quasi obsessionnel, et ça l’est. La famille au sens de groupe, de communauté, et cette envie d’accéder à un pouvoir qui ne leur est pas réservé. Je trouve que c’est un témoignage largement plus intéressant que ceux que proposent TF1 (je dis ça avec toute la mauvaise foi du monde j’ai pas la télé).
    Il y aussi ce rapport homme/femme assez présent. PNL parle assez peu des femmes, souvent dans des termes négatifs. Alors là, moi, je suis d’avis qu’ils témoignent d’un point de vue, que c’est une œuvre culturelle à qui on ne doit pas demander d’éduquer – et si jamais vous n’avez pas le même point de vue, je serai ravi que vous me l’expliquiez.
    Dans leurs clips, le groupe est toujours entouré d’homme (leurs potes visiblement). Je ne pense pas trop m’hasarder en disant qu’au travers de leurs textes et des ambitions qu’ils laissent entrevoir, PNL s’expriment au nom d’eux-mêmes mais aussi de leurs semblables masculins. Et cette position donc, semble indiquer que c’est à l’homme que revient la tâche de réussir, et ce à son propre péril. Il y a une évocation récurrente des risques et des difficultés qu’ils rencontrent mais aussi une volonté constante de ne jamais abandonner et de se sacrifier totalement pour les siens.
    Une vision qui trouve un parallèle avec la figure du Samurai et son propre rapport à la communauté et au sacrifice.
    Une figure récurrente et qui fait aussi le lien avec le Japon, pays qui s’inscrit aussi dans univers PNL. Un Japon traditionnel dont le groupe semble apprécier la philosophie : la chanson « Tchiki Tchiki » y fait entièrement référence. « Tchiki Tchiki », c’est le son caractéristique d’une lame de katana rentrant dans son fourreau. Mais plus encore, cette présence intervient aussi comme repère culture du groupe et l’inscrit ainsi d’une certaine manière dans son époque et participe à un témoignage complet et cohérente, comme peut l’être l’histoire de deux personnes à une époque et dans des conditions donnés.
    C’est peut paraître un peu anecdotique mais pas moins que les textes hyper référencés à la pop-culture d’un Orelsan. Dans leur dernier album « Onizuka » fait directement écho au manga. Dans « Naha » ils évoquent « Epona ». Et comme on passerait d’une N64 à une Playstation 2, PNL consacre également une chanson au personnage principal de God of War « Kratos ».
    Il y a aussi ces références étonnantes et même souvent moquées aux personnages de dessins animés Disney – Simba, Mowgli. Une fois de plus, si on dépasse l’étonnement, les métaphores sont osées, plutôt cools, évidentes, identitaires dans une certaine mesure. Ca marche plutôt pas mal.

    Et puis comme un Disney, ça se termine bien. La frustration et les ambitions du premier album laissent place à un second album où PNL raconte sa réussite, la façon dont les deux frères appréhendent le succès, leur et le rapport qu’ils entretiennent avec les principes et les ambitions toujours bien présentes.

    Alors voilà on commence des trucs et on en perd le contrôle. On se dit « vite fait puis dodo » et tout part en couille. Je me rends compte que ça fait déjà un sacré bloc. Je me demande même si je ne vais pas rester la seule personne à avoir un jour lu ce texte en entier. On va donc abréger.

    Je ne pense pas m’y connaître vachement en musique (Je crois que je connais mieux les jeux vidéo mais c’est con je suis souvent d’accord avec vous alors j’ai rien à dire). Mais malgré tout, je crois sincèrement qu’il y a quelque chose de super cool chez PNL, que l’œuvre qu’ils produisent est si ce n’est géniale, au moins hyper valable, plus profonde qu’on pourrait le croire et intellectuellement hyper défendable.

    PNL est totalement indépendant. Le groupe refuse les plateaux télé ou radios (voir leur « passage » chez Skyrock). C’est peut être de la com’ mais je trouve la démarche seine et cohérente. Si le jeu vidéo indépendant profite d’une exposition réelle, il en est tout autre pour la musique. Là où c’est même une marque de fabrique revendiquée et affichée dans un domaine, c’est à peine si one le sait dans l’autre alors que la démarche n’est pas moins intéressante et représentative d’un état de la production culturelle. Il doit y avoir pas mal de chose à en dire pour le rap en particulier sur cette thématique.

    Allez je m’arrête là.

    Je ne sais pas si j’arriverai à en convaincre certains, mais PNL méritait bien à mes yeux ce temps pour rendre justice aux qualités que je leur trouve.

    C’est probablement très décousu. Si ça a été dur à lire, mes excuses. Imaginez à écrire…

    Et si vous êtes arrivé jusque là, bravo, vous avez toute mon estime. Surtout si vous avez lu ce qu’il y avait avant.



  • "Meh ! "

    Ceci est un message du Comité Contre Auto-Tune



  • @Philid désolé je n'ai pas eu le courage de lire ton message, tout simplement parce que le hip hop (même alternatif) c'est pas ma came. Donc PNL ou un autre...
    En tous cas bienvenue !



  • J'ai pris la peine de tout lire parce-que c'est un groupe que j'aimerai bien aimer. Et en général j'aime bien, pour toutes les raisons que tu évoques. Mais après genre 20minutes je commence à m'ennuyer... si bien que je ne connais que la première moitié de leurs albums.

    Comme tu l'as dit, la thèmes abordés sont toujours les mêmes, et la musique minimaliste, et ça rend l'ensemble assez répétitif !



  • J'avoue je jamais avoir essayé d'écouter, parce que j'en ai entendu parler par le biais du bashing permanent dont ce groupe fait l'objet.

    Non pas que je ne veuille pas me faire mon propre avis, mais j'ai deja trop de truc sur ma to listen list (©).

    Je tenterai à l'occaz


  • ZQSD

    Tu as presque réussi à me donner envie de donner une deuxième chance à PNL.

    Bon... presque !

    Mais c'est déjà pas mal, parce qu'ils partaient de loin.


  • Podcasteur

    Je me suis pas infligé tout le wall of text parce que, autant le dire tout de suite, je déteste PNL. J'ai essayé d'écouter, j'ai trouvé ça non seulement musicalement atroce mais en plus je trouve les paroles d'une connerie insondable. Sans déconner, c'est pas pour être méchant mais :

    les textes hyper référencés à la pop-culture d’un Orelsan. Dans leur dernier album « Onizuka » fait directement écho au manga. Dans « Naha » ils évoquent « Epona ». Et comme on passerait d’une N64 à une Playstation 2, PNL consacre également une chanson au personnage principal de God of War « Kratos ».

    Si ça c'est "hyper référencé" moi j'suis Baudelaire. C'est des noms tellement connus qu'on n'est pas une seconde dans la référence d'initiés. Que ces types soient portés aux nues je trouve ça dramatique. On est à des années lumières de l'intelligence d'un Oxmo ou des mecs d'IAM il y a 20 ans.



  • @ChatonPute Je comprends la réaction vis à vis de l'auto-tune. Beaucoup l'utilisent à très mauvais escient. Je trouve pour ma part que certains en font une utilisation très défendable (cf Future, Kanye West, Frank Ocean...). Mais pour en revenir à PNL, au final, ils l'utilisent assez peu.

    @LeYule J'aurais eu exactement la même réaction face à un texte aussi long. J'étais pas parti pour écrire toute cette tartine. C'était à mon avis la réaction la plus saine à avoir.
    Et puis, les goûts et les couleurs... Je pense vraiment que PNL est inécoutable pour beaucoup. Mais ce que j'essaie de dire, c'est que c'est parce que beaucoup trouvent ça inaudible que c'est juste pourri.

    @Hoolish Merci d'avoir lu, quelle folie. C'est marrant je connais aussi ce sentiment parfois de se dire qu'on aimerait bien aimer certains trucs, ça m'arrive souvent avec certains jeux vidéos, mais une fois face à l’œuvre, il y a un truc qui coince. Je crois justement que ça correspond bien à la démarche de pouvoir reconnaître les qualités formelles d'une oeuvre sans pour autant en être le public.

    @toooomyoupi et @Walou merde, je pensais pas en convaincre vraiment certains d'écouter, faudra pas m'en vouloir, tout ceci était avant tout une délicate tentative de me convaincre moi-même que mes goûts étaient excellents.

    @kwyxz sans doute "hyper référencé" n'est pas le bon terme. Bien sûr, c'est pas chez PNL qu'on va trouver la référence hyper hard core qui fera plaisir à une communauté d'aguerris. En revanche, les citations sont nombreuses, et sans être pointues, je trouvent qu'elles encrent PNL (ou Orelsan) dans une époque, les associe à une identité et un groupe social qui partage ces mêmes références. Attendre d'un groupe comme PNL qu'ils aillent chercher le clin d’œil d'initié ou la belle tournure de phrase, c'est oublier dans quel milieu ils ont grandi, à quelle culture ils ont eu accès.

    Après et je ne l'ai pas dit dans mon texte parce que je cherchais surtout à défendre la démarche PNL et contrebalancer le niveau de bashing que subit le groupe, il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde. Je peux parfaitement comprendre qu'on accroche pas, que l'on trouve ça con, qu'on trouve ça désagréable. J'ai moi même des genres musicaux auxquels je suis totalement hermétique comme le métal : je trouve ça inécoutable, un peu con de prime abord. Et pourtant je suis convaincu que c'est pas mal voir hyper bien et je laisse donc aux amateurs le privilège d'écouter ça tranquillement sans m'en mêler.

    Pour le coup, je trouve que le monde de la musique et de la culture en générale subissent en ce moment des attaques et des courants beaucoup plus dévastateurs et tragiques que ce que peut faire PNL. Mais bon, je me rassure en me disant que tout ça est cyclique, ce qui pourra aussi rassurer les plus grands détracteurs du groupe.


  • ZQSD

    @Philid a dit dans PNL, en fait, c'est pas si mal :

    @toooomyoupi et @Walou merde, je pensais pas en convaincre vraiment certains d'écouter, faudra pas m'en vouloir, tout ceci était avant tout une délicate tentative de me convaincre moi-même que mes goûts étaient excellents.

    Houlà mais j'ai déjà écouté et j'aime pas du tout ! Et je continuerai probablement à ne pas écouter mais avec un peu plus de respect qu'avant.



  • Me voilà rassuré



  • Ahhh ok "PNL" est un groupe ... J'étais parti dans la "Programmation Neuro-linguistique" Bref en tout cas tu écris bien pour un mec qui écoute du Hip hop.


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